Hamidou G.* travaille comme chauffeur et ripper au sein d’un établissement de collecte et de tri des déchets des entreprises. Le centre situé à la Plaine Saint-Denis, où sont affecté·es une cinquantaine de salarié·es, appartient à Veolia, groupe français du CAC 40.
Le mardi 25 novembre 2025, il se lève comme d’habitude à 4 h du matin pour prendre son service à 5 h et commencer sa tournée. Comme depuis plusieurs années, il se rend avec son camion sur le site d’un client particulier : le restaurant de la Direction nationale de la gendarmerie nationale à Issy-les-Moulineaux. La routine.
Sauf que ce matin-là, il y a du changement : le personnel à l’accueil en charge du contrôle n’est plus le même. Le gendarme tique sur la carte d’identité espagnole qu’Hamidou lui tend pour satisfaire aux exigences de contrôle d’entrée. C’est celle qu’il présente jusqu’ici, elle est tout à fait en cours de validité et ne présente aucun signe de malfaçon ou de dégradation. Le gendarme lui demande d’aller faire son travail et de revenir ensuite, et il l’avertit qu’il va appeler le commissariat. Hamidou imagine que les doutes vont se dissiper devant l’évidence : bien qu’étant originaire du Mali, il a acquis régulièrement la nationalité espagnole en 2013 après avoir vécu plusieurs années dans ce pays. Hamidou sait que les autorités ou les policiers ne peuvent pas lui dénier ses droits sur la base de sa seule couleur de peau ou de son origine supposée. Il est bénéficiaire de la liberté de circulation et d’installation au sein des pays de l’UE en application des directives européennes. Tout simplement.
Pourtant pour Hamidou, c’est une spirale cauchemardesque qui s’enclenche. La police l’emmène au commissariat pour une garde à vue qui va durer 4 heures ! Il sera placé en cellule et ne sera pas en mesure d’appeler ses proches. Son patron, contacté, ne viendra même pas le voir sur place pour lui proposer accompagnement et protection !
Avant sa sortie on lui signifie… une OQTF ! Le Préfet signe un acte complètement illégal avec des motivations farfelues qui consacrent une attitude de mépris à l’égard d’Hamidou.
Tenu au courant par la police de cette décision, son patron lui propose de rester chez lui en dispense d’activité jusqu’aux congés de décembre qu’Hamidou avait posés ce mois-là. Il vient nous consulter à l’UL d’Aubervilliers. Nous lui conseillons de contester immédiatement l’OQTF avec un avocat et le mettons en relation avec le syndicat CGT Veolia Propreté.
Début janvier, Hamidou revient nous voir. Bien qu’il ait repris sur un autre poste le travail sur les dernières semaines, l’employeur vient de lui faire parvenir une décision de rupture de son contrat de travail pour cause objective, c’est-à-dire sans indemnité de licenciement, parce qu’il entend s’aligner sur la décision illégale de la Préfecture des Hauts-de-Seine qu’Hamidou a pourtant formellement contestée en temps utile. En effet, au-delà de la franche illégalité et du caractère nettement discriminatoire et raciste de la décision de la Préfecture, l’avocate d’Hamidou nous le confirme : l’OQTF est suspendue par l’effet de la contestation.
Pourquoi alors tant de zèle de la part de Veolia ?
Forte de son expérience et de ses luttes victorieuses récentes pour imposer la régularisation de salarié·es sans titre et l’embauche en CDI, la filière des déchets de la CGT Transports a immédiatement organisé une assemblée générale avec les salariés pour élaborer un cahier revendicatif puis pris contact avec la direction pour exiger la réintégration immédiate sous peine d’une action collective de grève et de droit de retrait des conducteurs pour la collecte des déchets des gendarmeries et des ministères. Suite à cette intervention, la direction a cédé et Hamidou a été invité à reprendre son travail.
Alors que la classe politique s’émeut de la chasse aux étranger·es ordonnée par Trump à l’ICE à Minneapolis, on voit bien que les mêmes tendances existent aussi ici. Oui, il existe des contrôles au faciès, oui, il existe des OQTF au faciès ! Mais si aujourd’hui Hamidou, citoyen espagnol, habitant d’Aubervilliers, peut être visé par une OQTF, à qui le tour demain ? C’est pourquoi la CGT, après la victoire de la réintégration dans son travail, poursuit la campagne contre les agissements racistes de l’État et de la police et exige le retrait de l’OQTF illégale pour Hamidou.
* Le prénom a été modifié.
Union locale CGT d'Aubervilliers
Paru dans BLIS n° 1, avril 2026 Lire le numéro en PDF